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Une rencontre émouvante et bouleversante avec Esther Senot, rescapée d’Auschwitz

Article publié par Mme Ribaucourt, professeur d’histoire-géographie

Mme Senot montre le numéro tatoué sur son avant-bras : 58139

Mme Senot est venue mardi 9 mai 2017 après-midi rencontrer les élèves de 3e du collège, afin de témoigner de l’horreur et de l’atrocité des camps de concentration et d’extermination de la Deuxième Guerre mondiale.

Esther Senot est née en 1928. Quand ses parents quittent la Pologne, Esther a 6 mois. Elle grandit en France, à Paris, y fait ses études et obtient son certificat d’études en 1940. Pour ses parents la France est le pays de la Liberté, de la Démocratie ; « Il ne peut rien nous arriver ».

La Deuxième Guerre mondiale éclate. La moitié nord de la France est envahie et occupée par les armées de l’Allemagne nazie. Dès le mois d’octobre 1940, le gouvernement de Vichy dirigé par Pétain met en place des mesures antisémites à l’encontre de la population juive française : des lieux publics, certaines professions  leurs sont interdits ; le port de l’étoile jaune est obligatoire, on impose aux Juifs  le recensement auprès de la gendarmerie française, le couvre-feu est de rigueur à partir de 20 h….

La famille échappe aux premières rafles ainsi qu’à celle du « Vel d’Hiv » du 16 juillet 1942. Le lendemain Esther Senot quitte l’appartement pour vérifier qui, au sein de ses proches,  a échappé à la rafle ; à son retour ses parents, sa sœur et son frère ne sont  plus là et ont été arrêtés. Esther Senot se cache, puis rejoint son frère  à Pau en zone sud. Elle raconte aux élèves la peur de franchir la ligne  de démarcation, la peur d’être arrêtée. Elle retrouve son frère, reste quelque temps auprès de lui ; en novembre 1942 les Allemands envahissent la zone sud, son frère part en Espagne, Esther Senot retourne à Paris.

Elle se présente au foyer de l’UGIF qui tente de l’aider. Esther n’a pas de papiers d’identité, n’a pas la nationalité française, elle erre dans la ville. Elle est arrêtée en juillet 1943, placée dans une cellule de la Conciergerie puis emmenée dans le camp de transit de Drancy. Elle est déportée par le convoi 59 du 2 septembre 1943  vers Auschwitz-Birkenau. Esther Senot a 15 ans, l’âge des élèves qui l’écoutent.

Comme d’autres déportés l’ont fait, Esther Senot décrit les conditions horribles et inhumaines du transport, l’arrivée au camp, les « Kapos » avec leur matraque… Au moment de la sélection, on souffle à Esther Senot « Ne prenez pas d’enfants avec vous !» , c’est difficile pour elle qui souhaite aider les femmes épuisées à porter leurs enfants.

Esther Senot échappe aux chambres à gaz ; elle se fait une amie, Marie, mais vit l’enfer du camp : elle est rasée, un numéro est tatouée sur son bras, « numéro qu’il faut très vite apprendre en allemand et en polonais », l’appel à 5 h du matin, dans le froid, sous la pluie, la neige pendant l’hiver, la sélection le soir pour savoir si on est apte au travail le lendemain, les suicides aussi.

Esther Senot est d’abord affectée aux travaux extérieurs de terrassement ; dans le camp elle retrouve sa sœur Fanny puis, grâce à une amie, elle change d’affectation et passe au tissage. Mordue et blessée par un chien, Fanny  meurt dans la chambre à gaz.

Le 17 janvier 1945, les sirènes retentissent, les Kapos courent dans tous les sens ; des bruits circulent au sujet des armées russes. Le camp est évacué, Esther Senot et son amie Marie font « la marche de la mort » dans le froid, le vent,  affamées, épuisées. « Il ne faut pas s’arrêter, il faut rester debout ! » Les morts sont nombreux. Par wagon, elles arrivent au camp de Bergen-Belsen : un mouroir où sévit le typhus. Esther travaille dans une usine d’armement au  camp de Venusberg ; l’usine est bombardée, le camp évacué. Esther Senot subit à nouveau le transport en wagon à bestiaux vers Mathausen. Le camp est libéré par les Américains le 5 mai 1945.

Esther Senot est soignée avec son amie Marie dans un hôpital militaire puis celles-ci sont rapatriées le 28 mai 1945.

Le retour est difficile : Elle séjourne à l’hôtel Lutetia : visite médicale sommaire, les interrogatoires, la carte d’identité provisoire ; « au début on ne nous croyait pas ». Mme Senot est seule, elle a 17 ans. L’appartement de ses parents est occupé, elle ne peut y retourner « de toute façon le propriétaire me demandait les loyers arriérés non-payés ». « J’étais livrée à moi-même ».

Elle est aidée par une association et trouve un travail de vendeuse.

Mme Senot termine son témoignage et met en garde les élèves contre tout discours discriminatoire, raciste et xénophobe ; discours que l’on continue d’entendre dans une actualité troublée. « Pendant la guerre, les Juifs étaient des boucs émissaires, dans les autres conflits ce sont d’autres minorités ». Elle dénonce également les discours révisionnistes. Elle souligne la chance qu’ont les élèves de vivre dans une démocratie et appelle à plus de tolérance et au droit à la différence.

Aujourd’hui, Esther Senot a 89 ans ; ses 3 enfants, 6 petits-enfants et 6 arrière-petits-enfants sont  « une revanche sur la vie ! »

À la fin de son témoignage, Mme Senot est applaudie ; quelques élèves restent pour prolonger cette rencontre, pour témoigner de leur reconnaissance, poser une question ou simplement la remercier d’être venue. À la demande d’une des élèves, Mme Senot montre le numéro  tatoué sur son avant-bras : 58139.

La Shoah a fait 6 millions de morts parmi la population juive et 220 000 morts parmi les Tziganes.